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PEDRO PESCHIERA - Peintures et Gravures : En Quête
d’un Paradigme
« Le sens du monde doit se trouver en dehors
du monde », écrivait le philosophe Ludwig Wittegenstein.
C’est en effet dans cette notion du ‘hors du monde’
ainsi que dans celle d ‘absence’ que l’on trouve la
substance et les sources de l’art de Pedro Peschiera. Laissant
de coté l’anecdotique il cherche à rendre visible
l’indicible, en recourant à un langage idiosyncrasique
fait d’analogies, et visant paradoxalement à que celles-ci
comportent quelque sens universel. Dans sa quête d’analogies
et métaphores, certaines finissent par s’imposer, déclenchant
ainsi une chaîne d’évocations, jusqu’à
ce que graduellement sa propre théorie d’associations se
met en place. Ensembles et Familles de Peintures Les peintures de Pedro Peschiera sont regroupées
en ce qu’il appelle familles ou registres : les familles des ‘Mantos’,
‘Puits’, ‘Trous’, ‘Conques’, ‘Tables’,
etc. Chaque nouvelle famille élargit le vocabulaire conceptuel
et pictural de l’artiste. Néanmoins, aucune des allusions
implicites dans ces types symboliques est suffisamment puissante pour
être définitive ou univoque. Les ambigüités
ont été prises en compte et accompagnent toute lecture.
Idéalement, ses peintures devraient être considérées
comme un tout, ainsi elles pourraient se confronter, se compléter
et se faire echo les unes les autres. C’est sans doute pour cela
que le peintre n’insiste jamais sur la chronologie des œuvres. La géometrie gouverne la peinture de Peschiera.
Le tableau s’ordonne rigoureusement moyennant une grille de tracés
qui divise et sub-divise la surface. Il y a une intention manifeste
de créer une forte tension entre le format et le contenu. Le
format coincide avec la dimension de l’objet de façon serrée,
constituant ainsi une sorte d’étui. Le fond crée
par l’espace entre le format et l’objet contient et enveloppe
ce dernier en une atmosphère qui le prolonge ou qui le détache.
Ce fond est une caractéristique essentielle qui isole l’objet
représenté du monde réel. L’utilisation de
la perspective est une autre façon de considérer le tableau
comme un monde autonome, loin de l’idée du ‘tableau
objet’. Le peintre considère ses peintures comme une realité
alternative. Elles sont liées au réel, mais ne partagent
nullement le même niveau qualitatif que d’autres objets.
Dans le travail de Peschiera, le format des tableaux, la surface peinte
et les objets représentés, sont tous des récéptacles
qui se contienent les uns les autres. Sa gravure ‘an urn within
an urn’- une urne dans une urne – porte à l’extrême
la notion purement théorique d’une peinture comme un objet
capable de ‘contenir’ un nombre indéfini de mondes
– une chaîne sans fin de mondes à l’intérieur
d’autres mondes – comme dans une poupée russe. Une
sorte de mise en abîme conceptuelle. Des Gravures qui Asocient le Pictural au Verbal Dans ses gravures, Pedro Peschiera ajoute l’esthétisme
des mots à celui de la figure. Le langage verbal complète
le langage pictural, mais sans jamais le remplacer. La première
série, composée de sept gravures, joue sur les rapports
d’opposition : entre les mots, entre la figure et le fond ou encore
entre les qualités de présence et d’absence. Dans
les six premières gravures la figure d’une maison est formée
grâce à la différence dans l’intensité
de la typographie, puis dans la septième, les mots ont disparus
et ne reste qu’un gauffrage blanc sur blanc, produit par la trace
laissée par le mot void –vide. Une manière subtile
de dire la fragilité de tout discours. La quatrième gravure
de la série juxtapose deux phrases. La première en français
est une citation d’un sûfi du XI siècle : «
En ne sortant jamais du commencement, l’on parvient à l’achèvement
». La deuxième phrase est en espagnol et est issue d’une
opérette : « Ay, que trabajo nos manda el Señor,
levantarse y volverse a acostar » - « Oh, quel travail nous
envoi le Seigneur, nous lever seulement pour nous coucher à nouveau
». Les deux phrases se répètent comme une létanie
sans fin. Deux registres bien différents, l’un profond
et l’autre plus ‘léger’ ; une allusion au coté
absurde de l’existence. Les propositions artistiques de Pedro Peschiera
vont certes plus loin que la seule citation artistique, que la simple
mise en évidence d’un attribut et ne peuvent se réduire
à la dimension religieuse ou mythologique. Sa démarche
traduit une volonté de réunir le passé et le présent
ou de relier le tangible et le transcendent. Ses travaux se caractérisent
explicitement par les multiples lectures qu’ils suscitent. Ceci
semble indiquer qu’il existe un véritable effort pour créer
des paradigmes qui nous questionnent, qui soient capables de recueillir,
de générer et de préserver des réservoirs
de sens. En décalage avec certaines propositions de l’art
contemporain, son travail décline – sur le mode de l’analogie
– sa quête de la valeur suprême. |
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